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Pour les personnes séropositives, informer leurs partenaires reste un défi. Certains pays les y obligent, d'autres, comme la Suisse, n'ont aucune disposition précise. Quels seraient les dispositifs les plus efficaces, respectueux du droit des patients? Tour d'horizon

 

C’est un casse-tête médical et juridique, social et éthique. Comment, lorsqu’une personne vient d’être reconnue séropositive, faire savoir à ses partenaires sexuels qu’ils risquent également d’être infectés – et les inciter à se faire dépister? Les réponses sont loin d’être simples.

Certains Etats – les Etats-Unis, le Canada ou la Suède – rendent la notification d’une infection par le VIH obligatoire. «Ce sont les pays où les poursuites pénales sont les plus fréquentes», relève Marie Suzan, de l’Inserm à Marseille. A l’opposé, d’autres pays comme la Suisse, l’Allemagne ou la France n’ont prévu aucune disposition. Entre ces deux extrêmes, le Royaume-Uni, le Danemark, la Belgique ou les Pays-Bas proposent des dispositifs d’accompagnement.

L’enjeu de ces notifications? Casser l’épidémie. Dans le monde, le nombre de nouvelles infections s’élevait à 1,8 million en 2016. En France, près de 6000 personnes découvrent encore leur séropositivité chaque année, un nombre quasi stable depuis 2011. En Suisse, elles étaient 538 en 2015.

 

 

Toujours un tabou

Depuis décembre 2016, l’OMS recommande de «favoriser, en offres de routine, des services de notifications volontaires aux partenaires des personnes vivant avec le VIH.» Mais «il y a encore du chemin à faire», reconnaissait le professeur Jean-Michel Molina, spécialiste des maladies infectieuses à l’hôpital Saint-Louis à Paris, lors de la conférence internationale sur le sida (IAS) en juillet dernier. Car l’infection reste taboue. «On a toujours du mal à en parler, même à ses partenaires et à sa famille.»

 

 

Comment notifier? «Nous sommes régulièrement confrontés à cette situation», témoigne le docteur Matthias Cavassini, du Service des maladies infectieuses du CHUV de Lausanne. «Quand un patient découvre sa séropositivité, il est sous le choc. La première question qu’il se pose est: comment me suis-je infecté?» S’il n’y a pas d’antécédent d’usage de drogues ni de transfusion, la contamination est le plus souvent d’origine sexuelle.

 

Informer le patient officiel

Le patient qui découvre sa séropositivité n’est pas traité. Il peut donc transmettre le VIH, dans 98% des – 2% des patients sont des «contrôleurs d’élite»: ils parviennent naturellement à contenir la multiplication du VIH. «Je demande à ce patient d’informer lui-même son partenaire sexuel officiel. Celui-ci vient généralement très vite se faire dépister», raconte le médecin lausannois.

«J’encourage aussi mon patient à aviser ses partenaires anciens ou occasionnels.» Mais c’est beaucoup plus délicat, notamment en cas de divorce. «Je lui demande alors s’il serait d’accord pour me donner les coordonnées de ses partenaires.» S’il agrée, «j’informe moi-même ses ex-partenaires sans livrer le nom de mon patient – donc sans trahir le secret médical. Ou je demande au médecin cantonal de le faire.»

 

Attendre d’être dans une relation durable

Quid des patients déjà diagnostiqués et traités? «Ces patients ont un virus indétectable dans le sang: ils ne peuvent pas transmettre le virus, explique Matthias Cavassini. Mais s’ils annoncent leur séropositivité à un nouveau partenaire, celui-ci risque de fuir. Je leur conseille donc d’attendre d’être dans une relation durable pour le dire. Entre-temps, j’encourage le préservatif pour éviter les autres infections sexuellement transmissibles.» Autre conseil: dire leur séropositivité avant d’arrêter le préservatif, pour éviter d’inutiles procès. Car depuis quelques années en Suisse, les juges considèrent qu’une personne séropositive dont la charge virale VIH est indétectable n’est pas un danger pour son partenaire.

«La dernière femme que j’ai diagnostiquée ici, il y a quelques mois, avait un partenaire stable qui est venu se faire dépister: il était séronégatif», raconte le docteur Cavassini. Mais cette femme lui a aussi dévoilé l’identité de quatre ex-partenaires. Le médecin les a contactés un à un – sans divulguer le nom de cette femme. Trois d’entre eux sont venus se faire dépister: ils n’étaient pas infectés. «Le quatrième homme a refusé de venir se faire tester et c’est son droit. Etait-ce lui qui a contaminé cette femme? Je ne le saurai jamais.»

 

Effets contre-productifs

L’obligation de notification, dans les pays qui l’ont instaurée, est-elle une bonne formule? «Ces pays n’ont pas forcément de meilleurs résultats en termes de demande de dépistage ni d’entrée dans le système de soins», souligne Marie Suzan. Cette obligation pourrait même avoir un effet contre-productif, si elle incitait certaines personnes à ne pas se faire dépister.

Quel serait le meilleur système, permettant de concilier l’intérêt de santé publique et le respect des personnes? «Il faudrait réfléchir à un dispositif d’accompagnement basé sur l’initiative du patient», estime Marie Suzan. Dans les pays qui ont mis en place de tels dispositifs, «il existe des méthodes pour aider les patients à se remémorer et à informer leurs anciens partenaires. Les soignants sont formés pour aider les patients dans cette tâche», dit la chercheuse qui a participé à une étude sur le sujet, au sein de l’essai dit ANRS IPERGAY.

 

*On peut trouver l'article complète sur https://www.letemps.ch/sciences/2017/10/10/vih-notifier-une-infection-aux-partenaires-sexuels